Jérémie Manesse

© paninicomics.fr
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This interview is available in English here

Traducteur pour Panini Comics, Jérémie Manesse occupe également la fonction de rédacteur et s’occupe de leur page Facebook, de la newsletter de leur site et de leur fichier commun de traduction. Il a également mis en scène plusieurs pièces de théâtre. Il a traduit entre autre « X-Men » (2007), « Civil War » (2008-2012), « Marvel Heroes » (2010) et « Deadpool » (2011-2012).

Qu’appréciez-vous dans le fait de traduire des comics ?

Au départ, je ne suis pas traducteur. Je suis auteur, metteur en scène et comédien. Les comics sont une passion depuis tout petit, dans laquelle j’ai pu m’investir, d’abord en tant que rédacteur, puis en tant que traducteur. J’en parle toujours comme d’un « hobby qui a bien tourné. »

Pouvez-vous nous décrire le processus de traduction ?

Je reçois les PDF des épisodes avec une deadline, je les numérote (un numéro dans chaque bulle, sur chaque page) puis je traduis sous la forme:

Planche 1

1- Bonjour.

2- Salut.

3- C’est donc toi, Spider-Man ?

Je renvoie le fichier de traduction et le « balloon placing » et voilà ! Dropbox est mon ami !

Quelles sont les principales difficultés que vous pouvez rencontrer dans votre activité de traducteur ?

La principale difficulté est d’adapter une formule pour qu’elle soit aussi digeste en français qu’en anglais. Le mot à mot est rédhibitoire. L’humour, c’est parfois coton, en particulier dans le cas de jeux de mots intraduisibles ou d’allusions à des choses que ne connaîtra pas le lecteur français.Et puis s’agissant de séries en cours, il est parfois difficile de traduire une allusion à une révélation à venir sans savoir quelle sera cette révélation.

Vous retrouvez-vous régulièrement face à des références culturelles ou un vocabulaire spécifique ? Comment le gérez-vous ?

Bien sûr, puisqu’on est dans le cadre des comics, qui présentent un vocabulaire, des codes particuliers, des niveaux de langue différents et dont les personnages existent depuis plus de cinquante ans. D’où l’intérêt d’être un fan ! Ça économise beaucoup de recherches de savoir automatiquement à quel épisode on fait référence quand on parle d’un obscur personnage, par exemple. Pour Marvel, il y a aussi le fait qu’on est de nombreux traducteurs à traduire les aventures de héros qui peuvent se rencontrer. A mon initiative, on a instauré un fichier commun de traduction pour qu’on n’ait pas une personne qui traduise « Beast » par « le Fauve » et une autre par « la Bête ».

Quelles sont les spécificités et les difficultés de la traduction de livres illustrés ?

Essentiellement, ce qu’on appelle le calibrage. Il faut qu’on rentre dans la bulle prévue pour le texte américain avec un texte français, obligatoirement plus long. On arrive à jouer avec la taille de la bulle (légèrement), de la police (plus souvent), mais il faut souvent savoir être synthétique.

Vous référez-vous parfois aux choix de traduction fait pour les adaptations filmiques ?

C’est plutôt le contraire en général, les BD étant là depuis plus longtemps. Sur les films X-Men, la Fox s’est toujours alignée sur les BD, par exemple. Mais récemment, Disney a préféré faire ses propres choix de traduction sur des termes assez importants. « Avengers » se traduisait historiquement par « Vengeurs », par exemple. Nous nous sommes alignés parce que ça n’a pas de sens que les traductions diffèrent…et qu’on ne lutte pas contre le troisième plus gros succès de tous les temps au box-office !

Qu’est-ce qui, selon vous, fait un bon traducteur de comic book ? Quels conseils donneriez-vous à des aspirants traducteurs de comics ?

Parler anglais c’est une chose, mais avant tout, il faut savoir parler français. Il faut pouvoir réinterpréter le texte et donner l’impression qu’il a été écrit en français. J’ai toujours pensé qu’il fallait être un peu auteur pour être traducteur. On dit de toute façon que « traduire, c’est trahir » alors quitte à trahir, autant le faire bien ! Et pour ce qui est des comics, il est important de connaître ce dont on parle et de respecter les voix des personnages. Charles Xavier qui parle comme un jeune, par exemple, c’est le genre de choix qui vous met toute la population des lecteurs de comics à dos, et ce ne sont pas des tendres !

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