« Jackie », une fausse bonne idée ?

Le 1er février prochain sortira le 7ème film du chilien Pablo Larraín, Jackie. Un an après Neruda, il s’attaque cette fois à Jacqueline Bouvier, ou plutôt Jackie Kennedy, la veuve du 35ème président des Etats-Unis. Reste à savoir si c’était une bonne idée ?

22 novembre 1963. Le monde des baby-boomers s’écroule. JFK vient d’être assassiné. Il laisse derrière lui une femme, et quelle femme : Jackie. Quatre jours durant, elle s’évertue à organiser au mieux l’enterrement de son mari et à lui rendre l’hommage qu’il mérite(rait) avant de recevoir dans sa demeure de Hyannis Port Theodore H. White, journaliste au magazine Life. Un objectif : faire perdurer le mythe Kennedy et poser la première pierre d’un Camelot éternel.

Au-delà de la ressemblance flagrante entre l’ex Première Dame et sa brillante interprète, Natalie Portman, Jackie fleure bon le coup d’épée dans l’eau. Larraín redéfinit avec autant de brio que son casting est beau l’expression avoir le cul entre deux chaises – ce qui n’aurait d’ailleurs pas déplu à JFK, soit dit en passant. Les plans se succèdent presque aussi rapidement que le tempérament de la Première Dame change, et des plans nerveux filmés caméra à l’épaule s’enchaînent à des travelings contemplatifs rythmés par de la musique classique. Ne dit-on pas que le mieux est l’ennemi du bien ?

Mais le vrai problème de Jackie est ailleurs. Le fait est que c’est un film pour ceux qui savent. C’est un film pour ceux qui savent que Bobby Kennedy sera assassiné cinq ans plus tard et que John John ne fêtera jamais ses 40 ans. C’est un film pour ceux dont leurs parents ou leur grands-parents leur on parlé de Camelot ou des vinyles parodiques qui envoyaient pique sur pique à la première famille des Etats-Unis. C’est un film pour les américains. Où est le problème me direz-vous ? C’est qu’avec un réalisateur chilien et un directeur de la photo français, Jackie tient plus du film d’auteur européen que du tire-larmes calibré. A qui va t-il pouvoir plaire ? Peut-être est-il destiné à n’être diffusé que pendant des croisières transatlantiques, qui sait !

Reste à savoir s’il n’aurait pas mieux fallu l’angler sur Camelot au lieu de Jackie. En tournant en quelque sorte le dos à la grandiloquence des Kennedy, Larraín nous prive d’un voyeurisme qui aurait pourtant été si commode. Peu de sang, pas de Marylin, pas de mafieux… Ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas américain tout ça !

En s’échappant de la confortable étiquette du biopic, Larraín a certes imposé une véritable patte, mais rate une nomination pourtant évidente à l’Oscar du meilleur film au profit de celui de la meilleure actrice. Mais Jackie a-t-il déjà eu l’arrogance de se penser film ? Probablement pas. Il est tout entier dédié à Natalie Portman et repose allégrement sur ses frêles épaules. Taillé pour les prix mais pas pour le divertissement – et ce bien qu’il évite l’ennui avec talent-Jackie ne parvient jamais à être aussi iconique que son sujet, et c’est bien dommage.

Par Jessica Saval

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