« The Lost City of Z », grandeur et décadence

Cork, 1905. Une escouade de l’armée britannique se lance à la poursuite d’un cerf. « La voie est close ! » Pas pour le capitaine Percy Fawcett. Il a une revanche à prendre. Laissant derrière lui salons et champs de bataille, il embarque pour l’Amérique du Sud avec une mission : faire le levé du désert vert serpentant entre le Brésil et la Bolivie. Il n’en reviendra pas indemne.

Adapté du live La Cité perdue de Z de David Grann, lui-même inspiré des aventures de Percy Fawcett, The Lost City of Z aurait pu être un xième film d’aventure à la spectacularisation sans saveur, mais pas entre les mains de James Gray. Le faiseur de rois de The Yard (2000) renoue avec la tragédie classique pour peindre une fresque historique toute aussi grandiose qu’intimiste – et ce malgré le relatif échec de sa précédente incursion sur le territoire du cinéma en costumes, The Immigrant (2013).

A la poursuite du diamant vert

Dépourvu de tout artifice, Darius Khondji signe une photographie lumineuse à la chaleur telle que même les noirs les plus profonds resplendissent. Et si l’on peut déplorer quelques problèmes de mise au point dans un cadre si plein, on ne peut qu’applaudir la maestria avec laquelle il est parvenu à laisser à ses personnages tant d’air qu’ils en viennent à étouffer. D’ellipses soignées en transitions parfaitement maîtrisées, c’est un authentique opéra que Khondji et Gray sont parvenus à recréer au beau milieu de la forêt amazonienne.

Dans les rôles-titres, Charlie « Jax Teller » Hunnam et Robert Pattinson – excellent une fois débarrassé de ses oripeaux de suceur de sang. Plongés dans une horreur toute victorienne, ces Sisyphe et Tantale des temps presque modernes semblent voués à l’échec : comment faire entendre à l’homme blanc borné qu’il n’est pas l’épitomé de l’humanité alors que Percy Fawcett lui-même – pourtant raisonnablement ouvert d’esprit – ne peut accepter que sa chère épouse (Sienna Miller, de nouveau sous-exploitée) ait des aspirations personnelles ? Engoncés dans leurs costumes amidonnés, comment les huiles de la Société londonienne de géographie pourrait concevoir qu’ils ne sont pas les seuls garants de la civilisation ?

De jungle en jungle urbaine, Fawcett refait régulièrement surface pour prendre une bouffée d’air vicié avant de replonger sous les jupons d’une Nature peu encline à se laisser découvrir. Et à chaque retour en terre connue, sa soif d’inconnu s’accroît. Peu importe que ses enfants (Daniel Huttlestone et Tom Holland) lui soient devenus plus étrangers que les sauvages qu’ils peut rencontrer, s’il rentre c’est pour mieux repartir.

Profondément réaliste dans son attentisme, The Lost City of Z pourrait frôler l’ennui s’il n’était pas si brillamment anglais. Flegmatiques, froides, dignes, les insultes se susurrent et les passe d’armes s’enchaînent dans un silence assourdissant, frustrant, vrai. Ni les défections de ses collègues ni l’incompétence grasse de ses financiers ne pourront empêcher Fawcett de poursuivre le mirage de son Eldorado monosyllabique.

De la lumière à l’ombre

Cailloux chauffés à blanc placés sur le chemin de vie de Percy Fawcett, le feu ponctue son épopée comme autant de virgules funestes et l’entraîne sur le chemin d’une purification destructrice.Lorsque soudain l’image commence à danser au rythme des flammes, tout vacille. Pris entre deux feux, Percy et Jack disparaissent, engloutis par leur rêve vert. Empreint d’une douce inquiétude, le spectateur ne sait que penser. Entre rêve et réalité, on ne saura jamais ce qui est arrivé aux valeureux aventuriers. James Gray n’a pas tranché et c’est pour le mieux. Libre à chacun de perdre espoir.

Sans nouvelle de son mari et de son fils, Nina Fawcett n’est quant à elle plus que le reflet d’elle-même. Drapée de noir, elle s’aventure hors-champ et s’abandonne élégamment aux bras de Z. Temps et raison suspendent leur vol dans cet air pesant. « Il faut vouloir saisir plus qu’on ne peut étreindre, » sinon pourquoi le cinéma ?

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